Cahiers Blanche Selva - Blanche Selva

Aller au contenu

Menu principal :

Edition > Livres

L’Association Blanche Selva a créé la collection « Les Cahiers Blanche Selva » pour approfondir et faire connaître thématiquement des aspects particuliers de l’œuvre de la pianiste, de la pédagogue et de la compositrice. Cette série, en principe annuelle, s’appuie sur le fonds documentaire de l’association cons-tamment renouvelé et actualisé, accru par des recherches de plus en plus affinées et réunissant des lettres envoyées par Blanche Selva ou reçues de ses amis compositeurs (plus de mille lettres), ses nombreux écrits publiés ou inédits, les extraits de presse qui ont illustré son parcours d’interprète, de compositrice ou de pédagogue (plusieurs milliers), divers témoignages et photos enfin plus de onze cents concerts ou récitals enregistrés dans une base de données permettant de nombreux types de recherches.


Ces cahiers, d’une vingtaine à une soixantaine de pages, avec illustrations, déposés à la Bibliothèque Nationale et figurant dans ses catalogues, sont distribués gratuitement aux adhérents de l’association et proposés à la vente publique.

- Le premier cahier a été consacré au rôle exceptionnel que Blanche Selva a tenu au début du XXème siècle dans la diffusion et l’interprétation de l’œuvre pour clavier de J.-S. Bach, insistant sur la série exceptionnelle de concerts qu’elle donna à vingt ans (1904) pour faire entendre l’intégrale de l’œuvre pour clavier du Cantor, prestation qui n’a été renouvelée que par Claudio Arrau en 1935.

- Le deuxième cahier s’est attaché à décrire l’ampleur et la diversité de son répertoire dans lequel, en trente années de carrière de concertiste, elle a révélé plus de cent quarante compositeurs de toutes les époques et de toutes les écoles, concerts dont les critiques musicales ont été généralement très posi-tives.

- Le troisième a rappelé les liens amicaux et musicaux qu’elle avait tissés avec Déodat de Séverac, elle son interprète favorite, intervenant dans ses travaux de composition, les faisant connaître aux publics dès leur achèvement et s’impliquant activement après la mort du compositeur pour perpétuer son souvenir.

- Le quatrième, qui vient d’être publié, retrace le parcours de Blanche Selva dans les différents lieux où elle a conduit son enseignement novateur du piano en vue de faire acquérir un jeu expressif et artis-tique. Une présentation biographique d’une cinquantaine d’élèves, parmi les deux mille élèves qu’elle a pu diriger, venant de France, d’Europe, d’Amérique, relais de son enseignement musical, illustre cette intense activité professorale.

Grâce à leurs points de vue spécialisés, ces cahiers complètent l’histoire officielle d’une période artistique et musicale du début du XXème siècle unique en France par sa richesse et sa diversité.

Jean Lacroix, responsable de la Chronique musicale de La Revue Générale de Bruxelles, souligne dans ses articles l’intérêt de ses publications annuelles. Pour le premier et deuxième cahier : « Du précieux apport à l'histoire du piano, et une mine de références » , pour le troisième : « La présente brochure, une cin-quantaine de pages pas¬sionnantes, est un bel apport à la connaissance de ces deux artistes, qui parta-geaient la même vision de la composition musicale et de son interprétation. Il faut souligner l'intérêt particulier de ce numéro, car c'est à Bruxelles que les premières de plusieurs partitions de Séverac ont été jouées par Blanche Selva, entre 1902 et 1921, certaines d'entre elles étant dédiées à Octave Maus. Toute une époque revit ainsi sous nos yeux ». Il souligne à nouveau dans le dernier numéro de la revue parue en mai-juin 2016 « Un quatrième cahier vient consolider et approfondir la connaissance de cette figure emblématique (Blanche Selva)… La seconde partie du cahier propose un relevé d’élèves, dont un nombre important de femmes ; c’est une précieuse source d’informations musicales ».


Laissons Alain Joubert fondateur de l’Association Les Amis de la Musique Française nous parler avec passion du troisième Cahier.


Blanche Selva-Déodat de Séverac entre musique et amitié



« La valeur d’une œuvre dépend donc de l’émotion qu’elle provoque. »
Louis Aragon, Anicet ou le panorama



Patiemment, avec assiduité, l’Association éponyme dédiée à la fabuleuse Blanche Selva, édite des cahiers passionnants, très documentés, Les Cahiers Blanche Selva. Les deux premiers avaient déjà retenus mon attention. Le premier intitulé Blanche Selva, actrice du renouveau de Jean-Sébastien Bach, montrait une action quasi révolutionnaire, en tout cas très inhabituelle, alors qu’aujourd’hui cette reconnaissance est désormais acquise. Le second analysait l’étendu et la qualité de son répertoire, aussi singulier que vaste, sous le titre Un répertoire exceptionnel.

Le troisième Cahier, qui vient de paraître, nous propose de découvrir : Blanche Selva-Déodat de Séverac entre musique et amitié.

Déodat de Séverac, qui naquit en 1872, était de douze ans l’aîné de Blanche Selva (1884-1942). Ils se rencontrèrent dans le cadre de la fameuse Schola Cantorum et fraternisèrent. Blanche s’intéressa vivement aux œuvres pianistiques de cet esprit indépendant. Bien que fidèles à l’esprit de la Schola, une vrai famille élective, ils étaient deux provinciaux du sud, libres dans leurs intentions et décidés à le demeurer, l’une était née à Brive la Gaillarde (Corrèze) et l’autre à Saint-Félix-Lauragais (Haute-Garonne). Ils avaient en commun un vibrant amour de la nature dans laquelle Blanche voyait « la manifestation tangible du créateur ».

En 1907, Déodat de Séverac influencé par l’esprit du Félibrige , exprime, sans ambages, dans sa thèse au titre un peu provocateur, La centralisation et les petites chapelles, ses convictions : « Nous voudrions […] retrouver [nos camarades] en des lieux calmes et paisibles où il n’y a que la nature sans apprêts (loin des musicologues, à l’abri des théoriciens et des conférenciers), […] . » Ce à quoi Blanche Selva ajoute : « [Nous laissons] aux théoriciens l’ingrate besogne de disséquer [le] corps [de l’œuvre] et de découvrir les mérites de son plan tonal et autres détails culinaires dont n’ont que faire les invités au festin . »

Déodat se refuse donc clairement à tout intellectualisme et Blanche complice de cette spontanéité, que leur inspire la nature, va s’emparer de ces partitions, les faisant découvrir, apprécier pour les émotions auditives raffinées qu’elles suscitent. Blanche fut donc l’interprète par excellence des œuvres pianistiques de Déodat, même si d’autres pianistes de renom en donnèrent leurs visions, mais qui satisfirent moins totalement le compositeur. Pour certaines de ses pièces il demanda l’avis,

1 Définition de Wikipédia : « Le Félibrige a été fondé à Châteauneuf-de-Gadagne dans le Vaucluse, le 21 mai 1854, jour de la Sainte Estelle, par sept jeunes poètes provençaux dont Frédéric Mistral... Ensemble, ils entendaient restaurer la langue provençale et en codifier l'orthographe. »
2 Déodat de SÉVERAC, La Centralisation et les petites chapelles, Écrits sur la musique (rassemblés et présentés par Pierre Guillot), Liège, Mardaga, 1993, p. 87. Citation reprise dans le Mémoire de Maîtrise de Ludovic Florin, intitulé Héliogabale de Déodat de Séverac : contexte historique et analyse de l’œuvre, 1996, p. 8.
3 Blanche SELVA, Déodat de Séverac, Paris, Librairie Delagrave, 1930, p. 55. Citation reprise dans le Mémoire de Maîtrise de Ludovic Florin, intitulé Héliogabale de Déodat de Séverac : contexte historique et analyse de l’œuvre, 1996, p. 8


l’appui et même la révision de son amie en qui il avait pleine confiance liée à leur complicité musicale et à son talent monumental d’interprète, au point de faire jaillir la lumière ou il n’y avait qu’un clair-obscur. « […] Tout ce qu’il y a moyen de faire dire par le piano, Melle Selva l’extériorise avec un relief, une vie et une puissance d’évocation qui tiennent du prodige. Il est même des cas où son génie de pénétration semble aller au-delà de ce que le musicien a éprouvé, et où elle extrait de ce qu’il a composé peut-être plus que ce qu’il a jamais soupçonné lui-même : mais jamais, en agissant ainsi, elle ne forfait à ses intentions ; bien au contraire, elle en découvre la quintessence et je ne m’étonnerais pas que ceux dont elle interprète les œuvres aient souvent eu la radieuse surprise de voir, à travers ses réalisations pianistiques, leurs propres sensations précisées, approfondies et embellies [….] . »

Dans les dernières années de sa vie, de 1919 à 1921, Déodat de Séverac s’investit beaucoup dans une série de quatre pièces pour piano, L’Encens et la Myrrhe, partition tristement égarée. Leur idée commune d’une Escola Mediterránia de Mùsica, allant de Marseille à Barcelone, fut ruinée par la mort de Déodat, le 24 mars 1921, à l’âge de 49 ans.
La perte du manuscrit de cet ultime recueil prometteur, la disparition prématurée et brutale de Déodat, furent de vives blessures dans le cœur et l’âme de Blanche Selva qui perdait un ami qui lui était cher et un créateur quelle affectionnait particulièrement, en qui elle voyait se révéler les dons les plus prometteurs de sa génération. Cette âme fidèle et spirituelle continua à interpréter régulièrement les œuvres de son ami, elle contribua largement à le faire connaître et reconnaître, poursuivant son propre chemin fait de plus de solitude jusqu’à ce que la maladie la terrasse elle-même et la contraigne au silence en son refuge de Saint Saturnin, dans le Puy de Dôme. Demeurent deux grands noms de la musique qu’une profonde amitié avait lié pour la gloire de l’art.

Jean-Joël Barbier en évoquant Coin de cimetière au printemps, écrit : « Ici, le Dies Irae lui-même abandonne son caractère impitoyable lorsqu’il tinte dans le bel espace transparent où se balancent les cyprès avec leurs oiseaux.
Et le printemps envahit aussi le petit cimetière de Saint-Félix où repose aujourd’hui celui qui fut poète-musicien de la ferveur, de la lumière et de l’amour  »

Ce nouveau volume des Cahiers Blanche Selva nous fait témoins d’une noble amitié, riche d’échanges, génératrice de partitions qui sont parmi les fleurons de notre patrimoine pianistique et musical. Spirituellement, un troisième cahier qui nous invite à méditer sur la rencontre de beaux esprits au service du Grand Art.



Alain Joubert

4 Le Mercure Musical, 1906. Cité dans le Cahier no 3, pages 27 et 28.
5 Jean-Joël BARBIER, texte de présentation de son disque consacré à Déodat de Séverac chez Accord. Une interprétation hautement recommandable.





 
 
 
 
Retourner au contenu | Retourner au menu