Cahiers Blanche Selva - Blanche Selva

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Les "Cahiers Blanche Selva" ont pour objet d’approfondir la connaissance de la vie et de l’œuvre de Blanche Selva. Cette nouvelle série thématique s’appuie sur l’analyse d’un fonds documentaire de plus en plus important, unique par son contenu, provenant de sources premières : lettres de ou à Blanche Selva (près de mille) ; écrits en français ou en catalan , coupures de presse (plus de trois mille), témoignages, programmes ou informations de concert (près de treize cents concerts ont été enregistrés dans une base de données), photos …


Après la publication de la biographie de Blanche Selva en 2010, il apparaissait indispensable d’utiliser toutes ces informations pour présenter des aspects particuliers de la place qu’elle a occupée dans la vie musicale du début du XXème siècle. C’est la raison d’être de ces cahiers.

Le premier cahier (20 pages) est consacré à Bach, plus spécialement au rôle prépondérant que Blanche Selva a joué dans la redécouverte en France de ce compositeur.

Le deuxième (34 pages) détaille son répertoire en montrant en quoi il fut exceptionnel en étendue et en diversité.

Le troisième (50 pages) retrace l’exceptionnelle collaboration et la profonde amitié qui existèrent entre Blanche Selva et Déodat de Séverac.

Le quatrième (68 pages) rappelle l’action pédagogique de Blanche Selva qui fut un des axes majeurs de son œuvre. Un des intérêts de ce cahier réside dans les notes biographiques relatives à une cinquantaine de ses élèves.

Le cinquième (58 pages) au titre évocateur, "Musique française, Musique tchèque, Blanche Selva double ambassadrice", est destiné à exposer le rôle primordial et exceptionnel que Blanche Selva a joué, en France, pour faire connaître les compositeurs venant de Bohème et de Moravie, et en Tchécoslovaquie, pour diffuser à profusion la musique française.

Le Cahier Blanche Selva no 3, ce que nous en dit Alain Joubert
Blanche Selva-Déodat de Séverac entre musique et amitié

« La valeur d’une œuvre dépend donc de l’émotion qu’elle provoque. »
Louis Aragon, Anicet ou le panorama


Patiemment, avec assiduité, l’Association éponyme dédiée à la fabuleuse Blanche Selva, édite des cahiers passionnants, très documentés, Les Cahiers Blanche Selva. Les deux premiers avaient déjà retenus mon attention. Le premier intitulé Blanche Selva, actrice du renouveau de Jean-Sébastien Bach, montrait une action quasi révolutionnaire, en tout cas très inhabituelle, alors qu’aujourd’hui cette reconnaissance est désormais acquise. Le second analysait l’étendu et la qualité de son répertoire, aussi singulier que vaste, sous le titre Un répertoire exceptionnel.

Le troisième Cahier, qui vient de paraître, nous propose de découvrir : Blanche Selva-Déodat de Séverac entre musique et amitié.

Déodat de Séverac, qui naquit en 1872, était de douze ans l’aîné de Blanche Selva (1884-1942). Ils se rencontrèrent dans le cadre de la fameuse Schola Cantorum et fraternisèrent. Blanche s’intéressa vivement aux œuvres pianistiques de cet esprit indépendant. Bien que fidèles à l’esprit de la Schola, une vrai famille élective, ils étaient deux provinciaux du sud, libres dans leurs intentions et décidés à le demeurer, l’une était née à Brive la Gaillarde (Corrèze) et l’autre à Saint-Félix-Lauragais (Haute-Garonne). Ils avaient en commun un vibrant amour de la nature dans laquelle Blanche voyait « la manifestation tangible du créateur ».

En 1907, Déodat de Séverac influencé par l’esprit du Félibrige , exprime, sans ambages, dans sa thèse au titre un peu provocateur, La centralisation et les petites chapelles, ses convictions : « Nous voudrions […] retrouver [nos camarades] en des lieux calmes et paisibles où il n’y a que la nature sans apprêts (loin des musicologues, à l’abri des théoriciens et des conférenciers), […] . » Ce à quoi Blanche Selva ajoute : « [Nous laissons] aux théoriciens l’ingrate besogne de disséquer [le] corps [de l’œuvre] et de découvrir les mérites de son plan tonal et autres détails culinaires dont n’ont que faire les invités au festin . »

Déodat se refuse donc clairement à tout intellectualisme et Blanche complice de cette spontanéité, que leur inspire la nature, va s’emparer de ces partitions, les faisant découvrir, apprécier pour les émotions auditives raffinées qu’elles suscitent. Blanche fut donc l’interprète par excellence des œuvres pianistiques de Déodat, même si d’autres pianistes de renom en donnèrent leurs visions, mais qui satisfirent moins totalement le compositeur. Pour certaines de ses pièces il demanda l’avis, l’appui et même la révision de son amie en qui il avait pleine confiance liée à leur complicité musicale et à son talent monumental d’interprète, au point de faire jaillir la lumière ou il n’y avait qu’un clair-obscur. « […] Tout ce qu’il y a moyen de faire dire par le piano, Melle Selva l’extériorise avec un relief, une vie et une puissance d’évocation qui tiennent du prodige. Il est même des cas où son génie de pénétration semble aller au-delà de ce que le musicien a éprouvé, et où elle extrait de ce qu’il a composé peut-être plus que ce qu’il a jamais soupçonné lui-même : mais jamais, en agissant ainsi, elle ne forfait à ses intentions ; bien au contraire, elle en découvre la quintessence et je ne m’étonnerais pas que ceux dont elle interprète les œuvres aient souvent eu la radieuse surprise de voir, à travers ses réalisations pianistiques, leurs propres sensations précisées, approfondies et embellies [….] . »

Dans les dernières années de sa vie, de 1919 à 1921, Déodat de Séverac s’investit beaucoup dans une série de quatre pièces pour piano, L’Encens et la Myrrhe, partition tristement égarée. Leur idée commune d’une Escola Mediterránia de Mùsica, allant de Marseille à Barcelone, fut ruinée par la mort de Déodat, le 24 mars 1921, à l’âge de 49 ans.

La perte du manuscrit de cet ultime recueil prometteur, la disparition prématurée et brutale de Déodat, furent de vives blessures dans le cœur et l’âme de Blanche Selva qui perdait un ami qui lui était cher et un créateur quelle affectionnait particulièrement, en qui elle voyait se révéler les dons les plus prometteurs de sa génération. Cette âme fidèle et spirituelle continua à interpréter régulièrement les œuvres de son ami, elle contribua largement à le faire connaître et reconnaître, poursuivant son propre chemin fait de plus de solitude jusqu’à ce que la maladie la terrasse elle-même et la contraigne au silence en son refuge de Saint Saturnin, dans le Puy de Dôme. Demeurent deux grands noms de la musique qu’une profonde amitié avait lié pour la gloire de l’art.

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Définition de Wikipédia : « Le Félibrige a été fondé à Châteauneuf-de-Gadagne dans le Vaucluse, le 21 mai 1854, jour de la Sainte Estelle, par sept jeunes poètes provençaux dont Frédéric Mistral... Ensemble, ils entendaient restaurer la langue provençale et en codifier l'orthographe. »
Déodat de SÉVERAC, La Centralisation et les petites chapelles, Écrits sur la musique (rassemblés et présentés par Pierre Guillot), Liège, Mardaga, 1993, p. 87. Citation reprise dans le Mémoire de Maîtrise de Ludovic Florin, intitulé Héliogabale de Déodat de Séverac : contexte historique et analyse de l’œuvre, 1996, p. 8.
Blanche SELVA, Déodat de Séverac, Paris, Librairie Delagrave, 1930, p. 55. Citation reprise dans le Mémoire de Maîtrise de Ludovic Florin, intitulé Héliogabale de Déodat de Séverac : contexte historique et analyse de l’œuvre, 1996, p. 8
Le Mercure Musical, 1906. Cité dans le Cahier no 3, pages 27 et 28.

Jean-Joël Barbier en évoquant Coin de cimetière au printemps, écrit : « Ici, le Dies Irae lui-même abandonne son caractère impitoyable lorsqu’il tinte dans le bel espace transparent où se balancent les cyprès avec leurs oiseaux.
Et le printemps envahit aussi le petit cimetière de Saint-Félix où repose aujourd’hui celui qui fut poète-musicien de la ferveur, de la lumière et de l’amour »
Ce nouveau volume des Cahiers Blanche Selva nous fait témoins d’une noble amitié, riche d’échanges, génératrice de partitions qui sont parmi les fleurons de notre patrimoine pianistique et musical. Spirituellement, un troisième cahier qui nous invite à méditer sur la rencontre de beaux esprits au service du Grand Art.

Pour commander ces cahiers voir le bon de commande ci-après




 
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